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27 mai 2008

Critique de livre - Jo Parfitt: The Expat Entrepreneur



Le titre du livre en anglais de Jo Parfitt, The Expat Entrepreneur, induit un peu en erreur. Certes, cet ouvrage a le mérite d'être le tout premier sur les entrepreneurs expatriés. Il s'agit néanmoins beaucoup plus d'une lecture motivante sur différentes manières de se mettre à son compte depuis son domicile en tant qu'expatrié, en faisant les choses qui nous passionnent le plus, et d'utiliser sa créativité pour développer de nouvelles activitiés qui, éventuellement, rapporteront de l'argent. Tout cela est basé sur 23 interviews avec des expats qui sont déjà passés par là.

Le livre comporte quelques parties pratiques, comme le test "Do you have what it takes?" et les ressources classées par pays. Malgré ce test, la première partie est plutôt dans le style optimiste des ouvrages américains de développement personnel, du genre "si vous voulez vraiment, vous y arriverez". Les 23 interviews d'entrepreneurs expatriés sont très intéressantes, et une liste de ressources spécifiques est présentée après chacune d'elles, ce qui permet d'approfondir les réflexions et les recherches.

Comme je l'ai mentionné, ce livre traite bien d'expatriés qui se sont mis à leur compte, et il motive le lecteur à en faire autant. Mais il ne peut être considéré comme un livre pratique de business pour les entrepreneurs en devenir.

Un grand nombre des exemples fournis dans les 23 interviews appartiennent à des domaines que je ne considère pas comme faisant partie du monde des affaires, tels que la peinture, même si je suis toujours heureuse de voir que des artistes arrivent à bien gagner leur vie. Parmi les exemples de "vraies" entreprises, j'ai été surprise d'en trouver une que je connais bien... et qui opère en permanence au bord de la faillite depuis des années. Un autre exemple est celui d'une personne qui a créé entre autres une agence de traduction, mais la version française du site est absolument lamentable, ce qui n'est pas étonnant si l'on considère que le propriétaire fait faire les traductions d'anglais en français... par une Danoise! Par conséquent, il aurait été approprié de bien choisir les exemples.

Je regrette également que, bien que le livre ait été écrit par une femme et que son lectorat soit principalement féminin, car constitué majoritairement d'épouses d'expatriés, les exemples fournis sont ceux des professions considérées comme traditionnellement féminines (enseignante, artistes, consultante en image, diverses professions d'aide, etc.) comme si nous étions encore dans les années 50. Les rares exemples qui sont plus du domaine des affaires sont les exemples évidents de carrière portable pour expatriés: 'relocation', conception de sites web et consultant.

Qu'en est-t-il des femmes expatriées qui travaillent en indépendantes par exemple comme ingénieurs? Ou qui ont un doctorat et sont chercheuses et consultantes indépendantes pour des organisations internationales? Et pourquoi ne pas traiter des spécialistes de biotechnologie qui viennent des Etats-Unis ou d'Asie, afin de créer une entreprise en Europe dans une des régions où sont implantés des "clusters biotech"? Ou de ces jeunes loups de la finance qui, venus d'Asie ou d'ailleurs, créent à Genève ou à Londres des entreprises innovantes dans la finance? Ces personnes-là ne sont-elles donc pas des entrepreneurs expatriés?

Je regrette également que, bien que le livre soit supposé aider des entrepreneurs expatriés en devenir, des expressions élémentaires telles que 'business plan' ou stratégie de marketing ne soient jamais mentionnés, bien que cela représente la clé du succès pour tous les types d'activités indépendantes ou d'entreprises. De même, le livre ne mentionne pas comment traiter avec les banquiers, même si, en considérant les exemples manquants susmentionnés, il aurait même été approprié de présenter des exemples d'entrepreneurs expatriés ayant réussi à obtenir des financements de la part de 'business angels' et sous forme de capital-risque.

Je regrette également que ce livre ne fasse aucune distinction entre:
  • les entreprises créées sur une base locale permanente, comme un gîte rural, par des gens qui de fait ne sont pas des expatriés mais des immigrants de longue durée
  • et ce que j'appelle les "entreprises portables", c'est-à-dire celles qui sont gérées principalement par Internet, indépendamment de l'endroit où se trouve l'entrepreneur, et qui offrent une immense flexibilité, notamment aux époux ou épouses "suiveurs" d'expatriés.
Ainsi, ce livre est une bonne ressource spécifiquement pour les conjoints d'expatriés qui sont seulement à la recherche d'idées, et qui ont besoin de quelques encouragements sous la forme d'exemples vécus. Mais les expatriés et conjoints d'expats qui veulent créer sérieusement une entreprise dans un pays étranger devront se procurer ailleurs les ressources dont ils ont besoin.

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